Préambule à une réflexion sur la domination sociale par le double jeu du conformisme, de l'hypocrisie sexuelle, et de la maîtrise de l'information

Modifié le Monday, 05-Jan-2009 17:19:22 CET
Le premier constat que je fais est que cette émission a rencontré du succès, en terme de haine et d'estime. En faisant appel au principe de polarité, on peut constater que les gens en se mobilisant pour ou contre à défaut de nous indiquer le nord ou le sud (i.e. la «bonne direction»), nous indique un axe nord-sud social. Pour résumer ma démarche, je dirais en gros qu'en société les axes de discussions possibles sont ceux concernant le pouvoir, et donc que Loft Story, nous parle d'un mécanisme du pouvoir en société. Maintenant je vais tenter d'après le peu que j'ai vu d'essayer de l'exprimer.
Qu'est-ce que Loft Story : une émission où 11 jeunes entre 20 et 30 ans sont enfermés dans un appartement dans le but explicite à l'issue de l'émission de voir un couple se former qui éventuellement gagnera une maison, s'ils y restent encore 6 mois (surveillés ensemble). Le but inavoué de cette émission pour M6 est d'une part une opération de communication auprès de sa cible marketing les djeunes (on vous montre sympa comme vous êtes, donc on est une chaîne pour vous), et d'autres part de générer artificiellement de nouvelles stars que l'on peut exploiter ensuite et dont l'on détient l'image.
Cet aspect ne m'intéresse pas directement. Ce qui m'intéresse c'est plutôt l'appropriation qui a été faite de cette émission par
  1. les acteurs
  2. les spectateurs
  3. la société
Il existe un certain nombre de points intermédiaires que j'aimerais lever avant de les collationnés avant de développer mes thèses. Ils sont les suivants:

Qui manipule qui ?

Le principe de l'émission est que les producteurs misent sur l'antagonisme des acteurs pour qu'il y ait une sélection entre eux et qu'ils finissent, après avoir appris à s'apprécier, par se rejeter (but explicite). Néanmoins, nous avons pu constater que pour que le but soit atteint il faut que les acteurs soient convaincus du gain par rapport au prix. Pour que l'émission soit saignante il faudrait qu'il y ait des rivalités. Or on constate que depuis le début les jeunes enfermés font une performance au moins extraordinaire jusqu'à maintenant : ils jouent devant des caméras. Or il se trouve que nous sommes dans une société où nous sommes d'autant plus «puissant» que nous pouvons avoir notre vie publique étalée (phénomène presse people, article Paris Match, vivement dimanche). Dans une société orientée vers la notoriété comme corollaire de la puissance, il n'est pas étonnant que la puissance puisse devenir la corollaire de la notoriété : on demande bien leur avis à des personnes qui n'ont aucune affinité sur un sujet uniquement parce qu'ils sont chanteurs (ils peuvent des fois avoir un avis pertinent cas Balavoine-Mitterand dans les années 80).
Or, ils se trouvent que non seulement, les acteurs sont conscients du fait que la notoriété obtenue dans l'émission est suffisante (interview David sur le plateau de «Ça ne peut pas plaire à tout le monde»), mais en plus on peut constater qu'ils ont d'eux-mêmes détourné les règles du jeu en écoutant ce qui se passait sur le plateau d'enregistrement mitoyen à leur loft, et s'en est suivi une critique verte du producteur par une des actrices (Kenza). Les manipulés ont à plusieurs reprise montré à la régie qu'ils avaient du pouvoir en suggérant, que l'émission ne marchait que parce qu'ils désiraient bien jouer le jeu.
Bref, une génération élevée par la télévision a appris à déjouer sa manipulation, et elle le montre en direct.

Ce que nous apprennent les enfermés sur l'extérieur

Nous constatons, que ces enfermés se méfient de leur geôlier, et à raison (les règles du jeu ne cessent de changer, les règles sont floues). En étant tels qu'ils sont et en réagissant de façon impressionnante, ils nous apprennent : J'en tire la conclusion suivante : ils montrent expérimentalement, que l'image qui nous est renvoyée des jeunes et trompeuses d'une part (image véhiculée par des médias détenus par d'autres générations), et qu'ils ne sont pas dupes. Ainsi, ils mettent en évidence un conflit de génération, et de pouvoir qui existe entre la jeune génération et la vieille.

Quel est l'image des jeunes que l'on essaye de faire passer?

Les jeunes tels qu'ils sont présentés sont censés être de grands enfants avec des peluches en manque affectif totalement extravertis et uniquement centrés vers l'amusement. Il n'y aurait qu'une seule raison d'être pour les enfermés : paraître et s'amuser (centre des challenges qui leurs sont proposés). En étant humaine en créant une communauté qui affronte l'adversité de manière humaine sans rejet, cette jeunesse est en rupture avec d'une part le teasing fait autour de cette émission, et d'autre part elle ne cadre pas vraiment avec les journaux qui lui sont destinés (FHM, têtu, J et J, nova, ...).

La surprise : le choc entre les modèles supposés et réels

Le premier endroit où ces préjugés sont apparus est le loft. Dans un premier temps, J.E. après avoir rompu avec Loanna se pensait dans son bon droit en pensant que Loanna était une allumeuse, et donc que si elle apparaissait aguicheuse, il avait le droit de consommer sans autre forme de procès. Mais, la communauté à tout de suite réagi. Elle a dans un premier temps décidé de traiter le problème de manière informelle l'incident en rompant avec le cliché de l'allumeuse qui l'avait cherchée. Ensuite, on peut constater qu'elle essaye de réintégrer le présent personnage dans la communauté. En effet Loanna (qui est un peu dépressive comme toute personne qui est prête à se faire sharkler pour avoir une apparence que l'on trouve agréable), a décidé qu'elle ne satisferait pas de «c'est un con» en assumant son penchant pour le J.E. en question. Il y a ici une double feinte : mazette.
De la même manière, tous les acteurs choisis pour leurs différences («intello», «bourge», «beur» ...) ont tout de suite décidé de jouer la dynamique de groupe malgré leurs étiquettes (ils ont tous participé aux initiatives comme un seul homme, là où ils étaient censés se disputer). Néanmoins, on constate qu'ils ont des préjugés (ils ont un peu de mal avec Laure parce qu'elle est «bourge»). Cependant avec le temps ils semblent capable de surmonter leurs différences. Finalement, Ces gens différents représentent fidèlement notre jeunesse clanifiée par les médias, qui décide malgré tout de rester unie. Ne dit on pas «Diviser pour mieux régner» ? En tout cas nos cobayes ne sont pas ainsi apparemment.

Loft Story un média non contrôlé

Ces énergumènes nous informent finalement sur leurs véritables valeurs, et se sachant manipulés, ils font passer par le rôle qu'ils ont décider de jouer ce qu'ils sont vraiment. Ils mettent en évidence la manipulation des médias, et montrent par leur attitudes que la société les a déjà habitués à être toujours observés. Ils sont une preuve expérimentale du fait que nous vivons observés en permanence. Mais chacun de leurs comportements, chacune de leurs solutions face à un nouveau problème à résoudre en synergie, est une nouvelle source d'information non contrôlée par un quelconque média sur ce qu'ils sont vraiment, comment ils se conçoivent, quelles sont leurs valeurs, quelles sont leurs schémas de raisonnement..

Qu'est ce que la vie privée ?

La seule chose que ces personnes tentent de dissimuler entre eux ce sont les sentiments, il est étrange que dans notre société il soit perçu comme plus naturel d'être maté en train de baiser qu'en train d'apprécier quelqu'un. Comme si, contrairement aux valeurs affichées de notre société où l'on a divers contrat légaux pour se prouver ses sentiments, il était plus dangereux d'être vu en train d'avoir des sentiments. Pourquoi, peut-être parce qu'ils ont peur que l'on puisse avoir un pouvoir sur eux, non pas en leur montrant des photos d'eux en train de copuler, mais soit en se mettant à la merci de quelqu'un, soit en montrant un moyen de pression. Ce que montrent ces apuliciés, et que leurs bien le plus précieux donc le plus privé ce sont leurs sentiments, et qu'ils ont appris à avoir peur de l'utilisation qui pouvait en être fait. (Aziz et Kenza (et vice et versa), Aziz et David, Loanna et J.E. ...).

La sexualité ???

Nous voyons des personnes qui finalement après avoir un peu été décoincées assument leurs pulsions sexuelles progressivement (massages et papouilles par exemple). Bizarrement, cela cadre aussi avec la disparition des préjugés sociaux. N'illustreraient-ils pas un procédé de sélection sociale par la sexualité ? Le seul moyen de faire tomber le sociogénisme (difficulté pour un individu de se reproduire en dehors de sa communauté d'adoption), et de faire tomber la barrière sociale. Or nous constatons, qu'elle était là au début, et les seuls individus qui semblent réussir sont ceux qui font tomber bilatéralement les barrières. Ce faisant, ils montrent que c'est un comportement social méchamment incrusté dans nos valeurs sociales.
On pourrait dire que pour réussir en France un jeune individu se doit par pression sociale de maîtriser sa sexualité. Néanmoins, on constate que personne n'arrive à maîtriser ses sentiments. Ainsi est ancré le projet de maîtrise de la population et de l'eugénisme moderne par la pression sociale.

Conclusion : qui je verrais bien rester ?

Enfin, si vous me demandez qui je verrai à la fin je vous donnerais l'opinion suivante : mon sentiment va dans un premier temps à Loanna pour son humanité. Néanmoins vu les choix de montage faits, je constate qu'un certain nombre d'acteurs n'ont toujours pas été montrés.
Mais, le but de cette émission et de jouer sur la facilité à diviser les personnes, et l'issue cette émission me dira si je dois être définitivement misanthrope, ou si je dois toujours m'émerveiller des ressources créatives humaines. Il me semble cependant que certains enfermés ont déjà contourner la difficultés en faisant la démarche de se dire que le principal gain n'était pas dans celui dispensé par l'émission, le gain les divise temporairement, et l'expérience les réunit par-delà l'émission. Il serait drôle que vers la fin ils se réunissent pour se demander à qui la maison irait le plus ou pour faire un squatt. :)
Mais avant tout, j'espère que par cette émission en donnant référent commun sur la jeunesse va permettre à un certain nombres de préjugés de voler en éclat. Elle me permet en tout cas de penser à mon prochain «j'essaie» sur la sexualité et la domination sociale.


v 1.1 participation de Raphael Rousseau: correction et avis.
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