Humanisme au XXIéme siècle
Modifié Monday, 05-Jan-2009 17:19:22 CET
À ce qu'il paraît nous sommes dans une société où l'individu a
plus que dans aucunes autres les moyens de s'exprimer. Où chaque
personne peut devenir ce qu'il est. Le premier mythe est celui
de la possibilité de déterminer son destin indépendamment de sa
naissance, et le deuxième étant la libre expression de sa
personnalité. Ces deux mythes sociaux sont balancés par la
nécessaire cohésion et identité sociale et la
possibilités de laisser à ses enfants un héritage. La question
que je me pose est : en quoi ses 4 mythes sont en conflit ?
Héritage et libre destin
Le dicours sur l'héritage est celui pour certain de la
tradition pour d'autres de la richesse. Entre nous, en France,
le diplôme plus qu'autre chose détermine le destin social par
le gain d'un statut. Il suffit pour s'en convaincre de
regarder la partie people dans les magazines tels que
«L'usine nouvelle» pour s'apercevoir que seul les bons
diplômes assurent une bonne position sociale. La question est
donc avoir un diplôme dont le statut est équivalent à celui de
ses parents est-il transmissible ? Les statistiques
aujourd'hui ne permettent pas de répondre à cette question :
en effet, la seule chose qu'il cherche à mesurer c'est si un
enfant va faire exactement le même diplôme que ses parents. Il
n'existe pas de manière de parler de classe d'équivalence de
diplôme. Si être médecin ou instituteur pour nos parents
pouvait être valorisant, aujourd'hui ce n'est plus forcément
le cas. Si être cadre dirigeant dans une entreprise est
aujourd'hui la panacée, demain ce ne sera plus le cas. Comme
je ne peux déduire de réponse des éléments que j'ai je vais
essayer de l'induire.
L'élément discriminant pour connaître les nouveaux diplômes en
vogue serait :
- la connaissance de l'évolution du milieu social ;
- la connaissance de l'évolution des diplômes et de leur reconnaissance.
Ce qui favoriserait l'héritage de la classe sociale/du diplôme serait
d'être à un point ou l'information converge passivement de
préférence. L'information, ce n'est que des données brutes
transformée par la connaissance sociale de l'individu. Donc,
il faut que la personne qui transmette l'information soit
elle-même convaincue de ce genre de présupposée, ou en face
l'expérience. Les populations privilégiées pour hériter
de la connaissance des diplômes seraient :
- les fils d'enseignants dans les cycles supérieurs ;
- ceux qui ont eu un diplômes en pensant que le simple
fait d'avoir un diplôme leur apporte ce statut.
Voici donc mon postulat ainsi obtenu.
Maintenant, la question est comment cela évolue-t'il ?
Si nous avons une population même minoritaire ainsi persuadée de
son statut par la force du diplôme, comme cela semble
relativement arbitraire, nous pouvons penser qu'il va falloir un
système de lobbying ou en tout cas une force de pression pour
créer l'injonction sociale. À ce titre cela implique la
constitution d'une communauté d'intérêt. Si le diplôme
n'assure pas d'être compétent, alors nous verrions de facto la
mise en place d'un système de caste : «si il n'est pas vrai que
le diplôme me rend compétent pour tout poste, alors il faut que
je masque la réalité des choses tout en réussissant à créer un
moyen de vérouiller la contestation. Je ne peux donc accepter le
regard extérieur, et pour défendre mes intérêts je dois
me mettre dans une logique de groupe». En raisonnant par
l'absurde en l'absence de statistique, je pense que le
premier effet de prétendre la compétence liée diplôme serait de
créer un groupe social en vue de défendre ces intérêts
d'autant plus fortement que les deux ne sont pas corrélés. Ce
groupe évoluerait par le jeu des alliances : aussi évoluée soit notre
société, un bon mariage reste toujours le moyen de sceller la
marque de ses intérêts. Ainsi, il y aurait une convergence
entre ceux qui ont un pouvoir émergent, et ceux dont le pouvoir
émerge. La transmission de la reproduction sociale n'existerait
pas mais en l'état il y aurait convergence de couche
différentes. Le choix d'un diplôme et la connaissance de
l'évolution de leur valeur sociale serait un faux problème,
alors qu'il faudrait plutôt regarder le mélange
des couches sociales.
La reproduction des élites par le choix des
diplômes serait donc qu'un manifestation phénomènologique d'un
autre sujet social. Le point à observer serait de voir si les
populations à dynamiques économiques fortes mais descendantes
s'hybrident préférentiellement avec les populations dont la
dynamique socio-économique est ascendante. Évidemment cela
présuppose qu'il existe des couches sociales. Or comme tout le
monde le sait c'est une vision purement marxiste de la
société, et même si le communisme historique n'est pas le
marxisme (puisque le marxisme n'est qu'une analyse historique et non un
projet politique), le communisme ayant failli, il n'y a pas de
classes sociales. Par conséquent, notre société n'a jamais été
aussi égalitaire. Bref, ce débat serait tout simplement celui
de la logique de lutte des classes. Et en parler est tout
simplement impossible aujourd'hui.
Deviens qui tu es
«Deviens qui tu es» est le message de Nietzche. Il
reprend le thème de l'Odyssée qui veut qu'un Homme, quelque
soit la contrainte imposée puisse réaliser son destin. Il me
semble que les Dieux de l'Olympe étaient bien plus cruels que
notre société et pourtant je me pose encore la question.
La contrainte
Le grand débat dans le libre arbitre est de déterminer ce
qui est définitivement en dehors de notre portée, et ce sur ce
quoi nous avons une action. Il est aussi de déterminer quel
est par individu la marge de liberté acceptable au sein de
la société. Le premier point peut se résumer par la phrase
suivante : «si il y a des solutions, il n'y a pas de
problèmes ; s'il n'y a pas de solutions alors il n'y a pas
de problèmes». Le deuxième problème peut se ramener à celui
de la tour de Babel : comment pouvons nous espérer
construire une société ensemble si nous ne parlons pas le
même langage ?
Humanisme et choix
Je parle ici d'humanisme, car il n'y a pas de solution
simplement déterminable qui s'applique dans tout les
cas. Nous avons besoin de l'Homme dans sa capacité à juger
par lui même les limites de l'acceptable et de
l'inacceptable. Parler le même langage est une allégorie,
il faut donc l'interprèter. Certain l'interprètent
littéralement (nous devons tous parler anglais), d'autre
pensent encore que nous devons partager tous la même culture
religieuse est la même vision du monde, pour ma part je
pense que nous devons juste donner au mot la place qui leur
revient : le commerce n'a pu se développer au niveau de la
route de la soie, qu'avec la confiance dans les mots des
autres bien qu'ils parlaient des langues
différentes. Ensuite, la liberté mérite des périmètres qui
sont
définies depuis des éons par toutes nos sociétés ; le
meurtre, la violence et l'asservissement ne sont pas bien
vus sur les Hommes libres (la difficultés est pour certains
étant de considérer que si les personnes n'ont pas le même sexe,
ou les mêmes croyances ils ont le droit d'être libre). Par
contre nous avons avec l'économie réussi à créer une
surcouche de contrainte : nous devons respecter la société
qui nous emploie, car le contrat de travail nous enjoint à
renoncer à notre libre arbitre (O Williamason, lutte contre l'opportunité).
La grande chose que je vois dans les sociétés économiques est que les
mots de tous n'ont pas de force. Ces mots et ceux des autres deviennent du vent et
ainsi l'individu perd sa force sur le monde qui l'entoure. Il
devient une enveloppe ballottée qui ne peut se faire
confiance à lui même. Les objectifs inatteignables, les
injonctions contradictoires obligent chacun d'entre nous à
dévaloriser sa capacité d'agir et de mener à bien des
projets. L'individu passe d'acteur de son destin à
marionnette d'un bazaar absurde. L'Homme moderne ne voit
plus que ses échecs programmés s'inscrire sur la page de son
Histoire. Il ne peut faire autrement, contester les ordres
vous envoie au ban d'une société. Les seuls qui peuvent se
permettre ce genre de contestation sont souvent bien au delà
de toutes possibilités de rétorsion. Chanteurs, penseurs, et
autres s'expriment sur un sujet sur lequel ils ne sont pas
légitimes : ils peuvent s'exprimer sans risques. Pour ma
part, je prend des risques, et je ne suis pas sûr qu'écrire
tout ça convainque un employeur de m'embaucher.
Un espoir ?
Heureusement, des initiatives émergent. Il est intéressant
de constater que dans le logiciel libre, comme dans d'autres
types d'alter-organisations se mettent en place des
structures où les individus s'assurent qu'ils vont pouvoir
tenir leurs engagements en faisant disparaître les
contraintes arbitraires : la livraison dans des délais
fixés, le management par les objectifs, et les Relations
Humaines. Ce n'est pas l'attitude des personnes, mais leur
capacité à travailler en groupe qui fait d'elle des éléments
nécessaires à la poursuite d'un projet. Ainsi, les
mode d'organisation émergents ont en commun de permettre aux
individus qui font part d'un projet de pouvoir retrouver un
destin.
conclusion
Notre société serait individualiste, si l'individu dans ses
actions personnelles et sociales avait le choix de
construire son identité. L'identité est d'abord lié à un nom
et une histoire librement choisie. Seulement dans un monde
ou le mot ne veut plus rien dire, la personne ne peut plus
avoir une histoire qui soit, il ne peut que construire son
mythe. Notre existence n'a plus de sens, puisque ce qui
permet de bâtir le sens est corrompu. Il reste toujours la
possibilité de beugler comme un animal qu'on emmène à
l'abattoir ou de reconstruire son existence en redonnant à
sa parole, et à celle des autres la place qui leur incombe.
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